AUJOURD’HUI, j’ai appris que je ne savais pas. Et croyez-moi, ça pique un peu l’ego. Je vous explique.
Cela fait maintenant deux ans et demi que je suis psychopraticien. Quand j’ai commencé ce métier passionnant, j’ai suivi une formation, la PRU (Psycho Référentiel Universel), créée par Luc Péroni. Une méthode qui mixe l’EMDR, la psychogénéalogie et le biodécodage – bref, un beau cocktail bien chargé en concepts prometteurs. Une fois la formation terminée, j’ai appliqué la méthode comme un élève modèle, bien sagement. Mais très vite, j’ai commencé à dévier du protocole. Non pas par rébellion (quoique), mais par curiosité. J’avais besoin de comprendre, de tester, d’explorer ce qui fonctionnait réellement. J’étais aussi bourré de convictions. Beaucoup trop. Et aujourd’hui, ces convictions ont pris une bonne claque.
FAUX ! Oh, l’illusion de la méthode ultime… Je me rends compte aujourd’hui que celle que j’avais acquise était imprégnée d’analyses et d’interprétations, dans l’objectif de relier tout ce qui se passait dans le présent avec notre passé. Pourquoi pas, sauf que… la plupart de ces interprétations ne reposaient sur aucune preuves. C’est facile d’avancer une hypothèse, mais peut-on réellement la prouver ? Au final, ma méthode incroyable avait en réalité 30 ans de retard par rapport aux dernières avancées…
C’est un peu le problème dans le milieu des thérapies : chacun pense avoir la baguette magique, l’outil révolutionnaire qui va tout changer. Mais en réalité, les études montrent que la méthode utilisée influe très peu sur les résultats. Un peu comme si on s’acharnait à prouver que le Coca-Cola est meilleur que le Pepsi : au final, c’est surtout une question de goût.
FAUX ! Si une technique miraculeuse existait, elle serait déjà brevetée et vendue à prix d’or. Or, la réalité est plus subtile : un outil peut fonctionner à merveille sur une personne et être totalement inefficace sur une autre. C’est là que j’ai compris que la flexibilité et la créativité sont bien plus précieuses qu’un protocole rigide.
En gros, ce n’est pas tant l’outil qui compte, mais comment je l’adapte à mon client. C’est comme cuisiner : ce n’est pas la recette qui fait le chef, mais sa capacité à ajuster les ingrédients selon le palais de celui qui mange (et moi qui pensais être un maître cuisinier de l’âme…).
FAUX ! Ah, l’intuition… Cette petite voix intérieure qui nous murmure des vérités absolues. Sauf que non. L’intuition, c’est comme un GPS qui capte mal : parfois, il nous emmène à bon port, parfois, il nous fait tourner en rond dans un champ.
On surestime beaucoup notre pensée intuitive. Pourtant, elle est truffée de biais cognitifs. C’est d’ailleurs ce que démontre le livre Système 1, Système 2 : Les deux vitesses de la pensée. En résumé : notre cerveau aime aller vite et faire des raccourcis. Sauf que parfois, ces raccourcis nous emmènent droit dans le mur.
Et puis, entre nous, quel psy a vraiment envie de jouer au devin omniscient ? Maintenant, je préfère une relation thérapeutique où mon client est mis en valeur, où son avis compte autant sinon plus que le mien. Après tout, qui connaît mieux sa vie que lui ?
FAUX ! Quelle excuse confortable pour le thérapeute : "Ah, si mon client ne progresse pas, c’est qu’il bloque lui-même !" Eh bien non. Peut-être que c’est moi qui n’ai pas su m’adapter. Peut-être que j’ai loupé quelque chose.
Aujourd’hui, je réalise que j’ai fait des erreurs. Et que j’en ferai encore. Parce que, surprise : je suis humain. Alors, à ceux que j’ai pu blesser par maladresse, manque de souplesse ou d’écoute, pardon. Et aux futurs clients qui subiront encore mes imperfections… courage, je fais de mon mieux !
FAUX ! Ah, flatter mon ego en me disant que sans moi, mon client n’y arriverait pas… C’est tentant. Mais c’est faux.
Les études montrent que le facteur principal de succès en thérapie, ce ne sont ni les diplômes du psy, ni sa méthode, mais les ressources internes et externes du client. Sa capacité à rebondir, son entourage, son environnement.
J’ai même vu des personnes avancer bien mieux sans aucune thérapie que d'autres qui en faisaient pendant des années. Comme quoi, nous, les thérapeutes, sommes parfois bien mauvais pour évaluer notre propre impact (dur pour l’ego, bis).
FAUX ! Là, ça a été un choc. Apprendre que le cerveau peut générer des faux souvenirs avec une facilité déconcertante… c’est flippant.
D’après les dernières recherches en neurosciences, nos souvenirs ne sont pas des fichiers bien rangés dans un disque dur. Ils sont recréés en permanence, avec une bonne dose d’imagination. Au mieux, ils sont partiellement vrais. Au pire, une pure invention.
Un thérapeute a même fini en prison pour avoir influencé son patient dans cette direction. Ça fait réfléchir… Parce que moi aussi, parfois, sans le vouloir, j’ai peut-être suggéré des choses qui ont altéré des souvenirs. Et il est quasiment impossible de distinguer un faux souvenir d’un vrai.
FAUX ! J’ai été un véritable chasseur de traumatismes. Pendant un moment, j’avais l’impression que tout s’expliquait par un traumatisme enfoui. Une cause cachée. Un secret douloureux.
Et vous savez quoi ? Quand on cherche un problème, on finit toujours par le trouver.
Mais j’ai compris que cette approche peut être un piège. Elle enferme la thérapie dans une boucle de recherche de souffrance. Pendant ce temps, on oublie complètement qu’un autre objectif existe : le bonheur.
Les psys et les thérapeutes sont comme tout le monde : pleins de biais, d’erreurs et d’imperfections. On fait du mieux qu’on peut bien-sûr. Mais il faut aussi avoir l’humilité d’admettre qu’on se plante parfois (souvent).
Aujourd’hui, je pense savoir. Et demain, je réaliserai que je ne savais pas.
J’essaie d’apprivoiser l’incertitude, d’accepter ce sentiment en moi, même si c’est loin d’être simple. C’est rassurant d’avoir des certitudes. Se dire qu’on a tout compris, c’est confortable. Mais se remettre en question, c’est là que commence le vrai travail.
Alors, peut-être qu’au fond, Socrate avait raison :
"Tout ce que je sais, c'est que je ne sais rien."
Et c’est peut-être ça, la clé.
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